Pourquoi la chirurgie française s'exporte mondialement ?

Pourquoi la chirurgie française s'exporte mondialement ?
11 Sep

L'Ircad ouvre ce vendredi 30 juin son troisième centre international à Rio de Janeiro. L'institut strasbourgeois est devenu en 25 ans la Mecque de la chirurgie de pointe. Et il s'exporte. Les ingrédients d'un succès mondial.

Ce vendredi 30 juin, la chirurgie française plante son drapeau à Rio de Janeiro : l’Ircad y installe un troisième centre international, après Sao Paulo et Taïwan. « Nous avons aujourd’hui le plus gros réseau de formation académique » en chirurgie mini-invasive , se félicite Jacques Marescaux.

Strasbourg, capitale mondiale de la chirurgie mini-invasive

L’Ircad ? Si ce nom n’évoque rien au grand public, tous les chirurgiens connaissent cet institut implanté depuis 25 ans à Strasbourg. En 2016, 6000 praticiens venus de 120 pays y sont venus se former. « Il n’y a pas un chirurgien français qui ne soit pas passé par Strasbourg, témoigne le professeur Fahed Zaidi, neurochirurgien au CHU de Lille. J’y vais moi-même deux fois par an, soit pour me former soit comme enseignant ».

Institut de formation à but non lucratif, l’Ircad s'appuie sur un réseau de 800 pontes internationaux, qui viennent enseigner les dernières méthodes de chirurgie non invasive. Plusieurs amphithéâtres accueillent les chirurgiens-stagiaires, qui peuvent poser des questions en visio-conférence à un professeur en train d’opérer un malade. Les sessions d’entraînement – sur des animaux - ont lieu, elles, dans un lieu spectaculaire : le plus grand bloc opératoire du monde. Spectacle saisissant pour un œil extérieur : en tenue complète, quarante chirurgiens et vingt infirmiers anesthésistes s’affairent autour de tables d’opération surmontées d’écrans et de bras articulés.

Jacques Marescaux, fondateur visionnaire

« Les meilleurs se battent pour venir enseigner ici car ils ont le sentiment de faire partie de l’élite de la chirurgie », sourit Jacques Marescaux. L’homme à qui l’on doit l’extraordinaire rayonnement international de la chirurgie de pointe française.

Professeur de chirurgie des hôpitaux de Strasbourg et chercheur à l’Inserm, ce visionnaire comprend dès le début des années 1990 que l’informatique, l’imagerie et la robotique vont révolutionner la chirurgie. « En 1991, j’avais assisté à la conférence d’un médecin de l’armée américaine, Richard Satava, raconte Jacques Marescaux. Un fou visionnaire qui parlait robotique, réalité virtuelle, des choses qui n’existaient pas encore ! Je ne comprenais que 10% de ce qu’il disait, mais j’ai eu un tilt ». Convaincu que la France a une carte à jouer dans cette chirurgie du futur, le professeur décide de créer en France un lieu de formation dédié à ces nouvelles pratiques. Il embarque dans l’aventure un mécène américain – Leon Hirsch, patron du fabricant de matériel chirurgical USCS. C’est l’acte de naissance de l’Ircad en 1994, avec « une demie-secrétaire et pas d’argent ».

Pour rester à l’avant-garde de l’enseignement, l’Ircad fonctionne dès l’origine comme un lieu d’enseignement mais aussi de recherche. A ce jour, ses chercheurs ont signé 3.550 publications. 45 programmes sont en cours. L’esprit de conquête scientifique s’est traduit par la réalisation à Strasbourg de nombreuses « premières » médicales. L’une d’elles figure dans les annales de la chirurgie. En 2001, Jacques Marescaux réalise une ablation de la vésicule biliaire à 7000 kilomètres de distance, depuis New York sur une patiente à Strasbourg. Baptisé « opération Lindbergh », cette prouesse technologique due aux ingénieurs de France Telecom, fait une formidable publicité à l’Institut.

L’écosystème scientifique s’est depuis enrichi : en 2011, l’Ircad s’associe à six partenaires (dont l’Université de Strasbourg) pour créer une structure-sœur : l’Institut de chirurgie guidée par l’image. Un Institut hospitalo-universitaire (IHU), financé par le programme des « Investissements d’avenir », mêlant soins, recherche et formation.

WebSurg, une machine de guerre

Le numérique est l’autre vecteur de rayonnement de l’Ircad. Sans surprise, l'institut carburant à l’innovation a pris très tôt le virage internet. En 1998, à une époque où les fameux « MOOC » (formation en ligne ouverte à tous) n’existent pas encore, l’Ircad se dote de sa propre Université en ligne. Après des tâtonnements – d’abord une start-up, le site devient gratuit en 2003 - le site WebSurg est aujourd’hui une véritable machine de guerre. Une équipe de 12 personnes se charge de filmer, monter, diffuser les cours des chirurgiens – donnés dans des amphithéâtres truffés de caméras. Cours, vidéos et avis d’experts, sont ainsi diffusés quotidiennement à 320.000 chirurgiens inscrits sur le site. Gratuitement et en sept langues. « Dès 2001, nous étions traduits en japonais », sourit Thomas Parent, le directeur général de WebSurg.

Une alliance fructueuse avec les industriels

Troisième ingrédient de son succès, l’Ircad a tissé des liens étroits avec les industriels. « Nous les avons attirés parce que nous avons toujours été à l’avant garde de la recherche », souligne Marescaux. Depuis 2004, l’entreprise familiale Karl Storz, « Mercédès de l’endoscope », équipe en matériel chirurgical le bloc opératoire où s’entraînent les chirurgiens. « Nos équipes marketing ont un dialogue permanent avec les chirurgiens, ce qui nous permet d’améliorer nos machines», explique Eric Dourver, son directeur marketing. Aux côtés du groupe familial allemand, l’Ircad coopère aussi avec le géant américain Medtronic – qui poursuit un partenariat historique conclu avec US Surgical (racheté successivement par Tyco puis Covidien). En 2012, le géant américain déplace son centre européen de formation de ses équipes marketing de la région parisienne à Strasbourg. Autre installation emblématique, Intuitive Surgical profite de l’extension de l’Ircad en 2010 dans un deuxième bâtiment pour y implanter son plus grand centre de formation européen. 6 robots Da Vinci , véritables « avions de chasse » de l'hôpital vendus 2 millions pièce – y sont installés. « C’est la plus grosse plate-forme en dehors de la Californie », souligne fièrement Jacques Marescaux.

Cerise sur le gâteau, l’institut s’est doté d’infrastructures quatre étoiles pour loger et nourrir les chirurgiens venus du monde entier. En 2013, l'Ircad a transformé des haras Louis XV de Strasbourg en hôtel de luxe et brasserie gastronomique, avec une carte signée du chef étoilé Marc Haeberlin. Ce développement immobilier a été l’occasion d’ajouter une dernière touche à l’écosystème chirurgical : l’Ircad a aménagé un« biocluster », hébergeant des start-ups de l’imagerie ou l'instrumentation médicale de pointe. Des jeunes pousses qui pourront, lorsqu'elles s'attaqueront aux marchés internationaux, faire valoir le "made in Strasbourg".

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